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Disons nous et disons à nos enfants que tant qu'il restera un esclave sur la surface de la Terre, l'asservissement de cet homme est une injure permanente faite à la race humaine toute entière ...Victor Schoelcher...
Victor Schoelcher, le révolutionnaire et son combat contre l'esclavage
1. L'homme et son oeuvre
L'homme à la redingote, le " Quarante-huitard ", voyageur infatigable au Mexique en 1828, aux Antilles en 1840, 1847, en Grèce, à Malte, en Turquie, en Egypte en 1844, au Sénégal et en Gambie en 1848 ; l'écrivain philosophe et philanthrope passionné ; le proscrit pour sa résistance au Coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851 qui lui valut de connaître l'exil en Angleterre dix neuf ans durant ; l'homme d'Etat qui arracha le décret d'abolition de l'esclavage en 1848 ; le parlementaire de la Guadeloupe et de la Martinique en 1848-1851. Et enfin, le sénateur inamovible à 72 ans ; Victor Schoelcher a été tout cela au cours ses quatre-vingt-neuf années d'existence. Une vie marquée par le destin révolutionnaire qui l'amène de la franc-maçonnerie et l'anti-cléricalisme à l'anti-esclavagisme et l'anti-colonialisme, au travers de ses voyages, de ses écrits et de sa lutte constante pour l'émancipation des noirs et la liberté en général.
Schoelcher sera à la fois un homme de pensée et d'action1, de convictions et de principes républicains, un humaniste qui renouait avec la tradition des amis des Noirs, société fondée en 1789 par Brissot et qui comptait dans ses rangs : Condorcet, l'Abbé Grégoire, Sieyes, La Rochefoucauld, La Fayette, Dupin Nemours. Ceux qui quarante ans avant, avaient adjuré les citoyens assemblés pour élire les Etats Généraux de supprimer la traite et de préparer l'abolition de l'esclavage. En bref, Schoelcher est " l'honnête homme " au sens le plus exigeant que ce mot avait au siècle du Roi Soleil. Il était de plus, pétri par les idées fortes de son siècle : le romantisme et le socialisme. L'homme est né le 22 juillet 1804 (5 Thermidor an XII), au moment de la splendeur du soleil impérial, au 60, rue du Faubourg Saint-Denis, dans le Xe arrondissement de Paris, de Marc Schoelcher, riche manufacturier de porcelaine, venu lui-même de Fessenheim en Alsace et de Marie-Victoire sa mère " pieuse et de haute vertu ". A son père, il devra l'amour de la liberté et une très confortable aisance qui lui permet d'orienter sa vie à sa guise, sans aucune préoccupation matérielle.
Schoelcher va mourir le 25 décembre 1893 à Houilles en Seine et Oise au moment où son siècle n'a plus que peu de temps à vivre et que la troisième république dans sa toute jeunesse ouvrait au peuple maintes espérances. Il sera inhumé au cimetière du Père Lachaise le 5 janvier 1894 puis au Panthéon, le 20 mai 1949 en même temps que le gouverneur Félix Eboué.
2. Son combat contre l'esclavage
Des quatre aspects que lui reconnaît Gaston Gerville-Reache dans un de ses textes : " L'abolitionniste qui, après l'émancipation, resta un philanthrope ; l'homme politique qui protesta contre le coup d'Etat et préféra l'exil à la patrie souillée par l'Empire, le radical marchand à l'avant garde de la République ; l'artiste mondain et élégant toujours épris de l'amour du beau. " C'est surtout, le premier aspect qui nous intéresse ici, et qui nous semble être très bien décrit dans l'extrait suivant2 : "...Mais le grand et illustre Schoelcher est, sans contredit, le philanthrope.
Son père, qui était marchand de faïences d'art, l'avait envoyé avec une pacotille en Amérique pour tâcher de faire de bons placements. Schoelcher vendit la marchandise, mais rapporta avec le produit beaucoup d'objets d'art. Il rapporta quelque chose de plus, la haine de l'odieuse institution de l'esclavage et l'amour de la race qui en était victime. Le commis-voyageur en faïence était mort de ce coup-là, mais l'abolitionniste était né. Il commença à courir le monde pour poursuivre le hideux fléau social. Il était au Sénégal quand fut proclamée la République en 1848, il rentra aussitôt à Paris.
Les livres, les brochures, qu'il avait écrits, les polémiques qu'il avait soutenues, les démarches qu'il avait faites, les ligues, les pétitionnements qu'il avait provoqués, avaient révélé non seulement l'homme qui connaissait le mieux la question de l'émancipation, mais aussi celle des colonies.
La vie coloniale était intimement liée à la servitude, et porter atteinte à l'esclavage c'était s'engager à organiser une existence nouvelle pour le monde colonial. Schoelcher aussitôt arrivé fut désigné comme sous-secrétaire d'Etat des colonies au département de la marine dont le ministre était François Arago. "
Schoelcher demande l'abolition de l'esclavage
" Schoelcher demanda l'abolition de l'esclavage. Tous les intérêts menacés entrèrent en campagne et lui firent la guerre jusqu'auprès du ministre et du gouvernement provisoire. Schoelcher tint bon. Il réfuta leurs objections dictées par l'intérêt. Il se porta fort que l'émancipation serait pacifique, qu'elle serait avantageuse aux colonies, qu'elle était l'étape nécessaire de la civilisation française au XIXe siècle. Il eut gain de cause et une grande commission fut nommée pour rechercher les moyens d'abolir l'esclavage, et de remédier aux conséquences de cette mesure. Le décret qui la constituait, rédigé par Schoelcher, était ainsi motivé : " Attendu que nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves... " La Commission élabora tout un plan de réformes et prépara le décret d'abolition qui fut signé par le gouvernement provisoire. Mais Schoelcher avait rédigé le décret, il avait rédigé le rapport qui précédait le décret, il l'avait même signé avec le directeur des colonies de l'époque. L'on y reconnaît bien son style et son caractère ferme et décidé. "
Un acteur de son époque
" Ce Schoelcher-là, qui s'est depuis complété, si c'est possible, en faisant supprimer la peine du fouet dans la marine française, en faisant dégrever les chiens d'aveugles, en faisant couvrir les wagons de troisième classe des chemins de fer, en collaborant à toutes les oeuvres humanitaires, ce Schoelcher-là vivra tant que vivra la nation française. C'est pour le rappeler aux générations futures que nous devons lui ériger une statue. "
On peut toujours dire aujourd'hui que son projet visait certes la liberté des esclaves, mais qu'il était un modèle qui prévoyait aussi la pérennité de la propriété coloniale, fondée sur la monoculture du sucre; que sa vision des choses "contrastait avec celle plus connue de Marie-Léonard Sénécal en Guadeloupe en faveur de l'indépendance de la colonie et d'une orientation non sucrière de l'île, projet qui le fit condamner au bagne de Guyane en 1851."3
On peut même avancer que son combat aussi exemplaire qu'il soit n'était ni exclusif, ni isolé. C'est vrai, si on rapproche son combat de celui mené par Wilberforce en Angleterre ou les partisans de l'abolition au sein du Gouvernement provisoire de la seconde République, voire même au regard du contexte international : aux États-Unis, Jefferson fit voter en 1807, l'interdiction de la traite, le Congrès de Vienne saisi de la question par les Anglais inscrivit dans son protocole du 8 février 1815, le principe de l'abolition de la Traite.
De même, on peut très justement évoquer les résistances des esclaves à l'oppression par le système du marronage notamment et les nombreux soulèvements jusqu'en mai 1848, qui en Martinique hâta l'évènement bien avant l'arrivée du décret.
Néanmoins, hors de toute idée de polémique sur le rôle joué par les esclaves et celui des abolitionnistes, hors de toute appréciation qui pourrait être injuste ou injurieuse pour la mémoire de cet homme généreux et courageux, au-delà de toute idolâtrie béate, du tout Schoelcherisme doudouiste4, on ne peut que partager les actions entreprises ici et là aux Antilles Guyane pour rendre hommage à cet homme et à son oeuvre mémorable et révolutionnaire. Au moment où les arrières petits-fils d'esclaves fêtent la commémoration du 150e anniversaire de l'abolition de l'esclavage, le " devoir de mémoire " ne doit pas pour autant leur faire oublier Victor Schoelcher.
1 Voir la biographie de Schoelcher, extrait du livre " Victor Schoelcher " de Nelly Schmidt. Éditions Fayard, 1994.
2 Texte de Gerville-Reache (député guadeloupéen, fils spirituel de Schoelcher) paru le 18 février 1894 dans le journal "La Vérité" en Guadeloupe.
3 Voir l'article de Nelly Schmidt " Un homme et l'histoire " France Antilles Mai 1998, pages 7-8.
4 " La Montagne est verte ". Chanson créée en l'honneur de Schoelcher à Saint-Pierre avant la dernière guerre mondiale. Source : Auguste Armet.
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